Tout ce qu’il faut savoir pour débuter dans la saponification à froid

Si vous me suivez sur instagram , vous savez que je me suis (enfin) lancée dans la fabrication de savons saponifiés à froid! Je dis bien enfin parce que ça faisait des années (oui oui) que ça me faisait envie, mais que je ne passais pas à l’action. Et en ce moment, je suis en train de me booster pour enfin passer à l’action sur ce qui me fait envie! ouf! Et pourquoi je ne passais pas à l’action? Et bien comme tout le monde ma brave dame, je me trouvais des excuses! Bref! Je vais plutôt vous expliquer comment on fait des savons et à quoi il faut faire attention pour le faire en toute sécurité et pour que tout se passe comme prévu!

Le principe et les avantages de la saponification à froid

C’est la réaction chimique entre un corps gras (huile végétale par exemple) et une base forte (soude) qui produit du savon. Les triglycérides d’acides gras contenus dans les huiles réagissent avec la soude pour former de la glycérine et du savon. Les savons saponifiés à froid sont donc naturellement riches en glycérine qui est un agent hydratant et émollient bien connu en formulation cosmétique (sauf que bien souvent dans l’industrie elle est produite à partir de dérivés du pétrole… bof bof hein! )

La saponification est une réaction totale, c’est à dire qu’elle va continuer jusqu’à l’épuisement d’un des deux composants (soit l’huile, soit la soude). Le composant restant sera donc en excès. Il est donc primordial que la soude soit le réactif limitant afin qu’il ne reste pas de soude dans le produit final (qui serait corrosif, et ça on ne veut pas! ) et donc que les huiles soient en excès. C’est le principe du surgraissage. Il faut absolument laisser un taux de surgraissage d’au moins 5% dans la recette (pour des raisons de sécurité et pour la bonne tenue du savon) mais on peut aussi réaliser un surgraissage additionnel (à la trace, je vous explique ça plus bas) en ajoutant d’autres ingrédients (les plus précieux) à la fin de la réaction.

Enfin, le principe de la saponification à froid est qu’elle se fait « à froid » (naaaan? mais siiiii! ) et donc qu’on ne chauffe pas les réactifs. Ceci permet de préserver tous les bienfaits des ingrédients de la recette. On profite aussi de la présence de Glycérine, qui n’est pas présente dans les savons « à chaud » classiques. C’est pour cela que ces savons solides classiques laissent souvent une sensation de « peau qui tire ». Avec un savon SAF, on a donc un savon qui lave, mais qui est aussi plein de bonnes choses pour la peau! (et sans pétrole 🤓)

La saponification est une réaction assez lente lorsqu’elle est réalisée à froid, c’est pour cela qu’il faut prévoir un temps de « cure » d’au moins 4 semaines (voire 6 ou plus selon la recette) à température ambiante pour que la réaction se termine complètement et également pour permettre au savon de sécher (ce qui le rendra plus durable à l’utilisation).

Formuler sa recette / les ingrédients

Pour fabriquer un savon il faut

  • De la soude (NaOH) . Soit de la lessive de soude déjà prête (qui s’achète au supermarché) soit de la soude en paillettes (magasins de bricolage) qu’il faut au préalable dissoudre dans de l’eau pour obtenir la solution de soude qui sera utilisée dans la réaction avec les huiles. Personnellement je vous conseille de débuter avec de la lessive de soude déjà prête, cela simplifie les étapes. La soude en paillettes est intéressante quand on veut la diluer dans d’autres liquides que de l’eau comme des laits (avoine, ânesse), des jus etc… mais on ne va pas commencer par ça!
  • Des graisses. C’est la base du savon. Huiles végétales, beurres végétaux, graisses animales, etc… Selon leur composition, elles vont apporter différentes propriétés au savon final (dureté, pouvoir moussant, …) Le choix est vaste. Pour garder le coté « éthique » de la saponification à froid, je me refuse à utiliser des graisses animales (mais c’est mon choix, tout comme je ne mange presque pas de viande, je me vois mal me laver avec un savon à base de graisse de canard). De même, je fais aussi le choix de ne pas utiliser d’huile de palme…
  • Des ajouts: colorants, huiles essentielles, parfums, beurres ou huiles plus précieux , miel, herbes, particules exfoliantes, marc de café … il y a de quoi être créatif!

A vous de choisir les ingrédients que vous préférez. L’idéal étant de les choisir bio et de faire attention à la provenance. Evidemment il y a des proportions à respecter en fonction des huiles pour assurer la tenue, la mousse etc… Je ne peux pas tout détailler ici, je vous conseille vivement la page dediée du site AromaZone qui est très bien faite pour débuter.

Le gros challenge dans la saponification à froid c’est de ne pas se planter dans les calculs pour être certain que les proportions d’huile et de soude sont bonnes et qu’on ne va pas se retrouver à la fin soit avec des savons caustiques (et ça on ne veut toujours pas!) ou avec des savons tout mous parce qu’on a mis trop d’huile (ch** mais moins grave). Pour ça, il est indispensable d’utiliser un outil de type calculateur. J’utilise celui d’AromaZone. Il existe aussi SoapCalc, mais je ne l’ai jamais utilisé. En effet il ne suffit pas de mettre tant d’huile et tant de soude. La quantité dépend énormément du type d’huile, et de son indice de saponification qui lui est propre! L’indice de saponification c’est la masse de soude (en milligramme) qu’il faut pour saponifier les acides gras de l’huile (en gramme). Et ça, ça ne s’invente pas voyez vous!

La trace

La trace correspond au moment où le mélange commence à épaissir . Quand on relève le mixeur et qu’il laisse une trace dans le mélange, plus ou moins épaisse. Plus la trace est épaisse, franche, plus la réaction est avancée, plus le mélange devient pâteux, et plus il est difficile de le couler dans le moule. Pas de panique, ça ne prend pas non plus d’un coup, vous ne devriez pas vous retrouver avec un bloc tout dur avant même d’avoir eu le temps de verser dans le moule (ou alors c’est qu’il y a eu un problème).

Chez AromaZone, il y a des photos qui expliquent bien l’évolution de la trace.

AromaZone
https://www.aroma-zone.com/info/fiche-savoir-faire/la-saponification-a-froid

C’est au moment de la trace qu’on ajoute les huiles ou beurres précieux pour le surgraissage, les colorants (préalablement dispersés dans de l’huile), les huiles essentielles etc…

Le matériel

  • Une balance précise au gramme au moins
  • Un saladier en pyrex, verre, ou plastique résistant à la chaleur (pour le mélange principal et le mixage)
  • Un bécher en pyrex ou plastique résistant à la chaleur (pour la soude)
  • Un petit contenant résistant à la chaleur pour le beurre de karité qui sera ajouté à la fin
  • Un mixeur à pied plongeant, en plastique ou inox
  • Une grande spatule en silicone ou en plastique pour vous aider à couler le savon dans le moule
  • Un moule. Pour débuter, un vieux moule à cake fera très bien l’affaire. Cela fera un gros pain de savon qu’on découpera ensuite.
  • Un équipement de protection: gants, lunettes et vêtements couvrants.

Attention , il est fortement déconseillé de réutiliser ensuite les ustensiles pour un usage alimentaire à cause du contact avec la soude. Une fois utilisés pour la savonnerie, rangez ce matériel à part et ne l’utilisez plus en cuisine.

La soude est un produit dangereux qu’il convient de manipuler avec beaucoup de précautions (gants, lunettes et manches longues). Le contact avec la peau provoque de graves brûlures. En cas de brûlure, rincez immédiatement à l’eau froide, longuement. Fabriquez également vos savons dans une pièce bien aérée et si possible, fenêtre ouverte. Personnellement c’est ce qui m’a le plus freiné pour me lancer. Mais si on est bien concentré sur ce qu’on fait et qu’on se protège, il n’y a aucun souci. C’est juste une activité à faire quand on a du temps devant soi et pas d’enfant dans les parages (c’est aussi ça qui m’a beaucoup freinée!!)

Chemisez le moule (avec du papier sulfurisé ou du film alimentaire) pour faciliter le démoulage. J’ai essayé avec et sans et je vous assure que si votre moule n’est pas en silicone, sans chemisage c’est l’enfer! J’ai fait mes premiers savons dans un vieux moule à cake, puis mon père ma fabriqué un super moule sur mesure. Le top. Avec chemisage j’insiste!

Comment on fait?

Préparez le matériel , protégez le plan de travail si vous le souhaitez, et chemisez le moule.

Préparez la solution de soude. Mettez gants, lunettes et vêtements couvrants. Si vous utilisez une lessive de soude toute prête, pesez la solution de soude dans un bécher séparé. Si vous utilisez des paillettes de soude , pesez les paillettes et l’eau dans deux récipients séparés, puis verser la soude dans l’eau, en mélangeant doucement, dans un endroit bien ventilé. Le mélange va chauffer et probablement fumer (c’est normal! ). Ne respirez pas les vapeurs. Attendez ensuite que la température de la solution descende sous 50°C.

Pesez les huiles et les beurres ensemble et faites fondre au bain marie pour que tout soit bien liquide et homogène. Puis attendez que le mélange refroidisse entre 30 et 50°C. (On a dit saponification à froid!)

Préparer à part les ajouts qu’il faudra ajouter au moment de la trace. C’est à dire les huiles ou beurres précieux qu’on veut garder non saponifiés, les huiles essentielles, les colorants, etc. Faites fondre les beurres, dispersez les colorants en poudre dans de l’huile. Il faut qu’ensuite cela puisse rapidement s’incorporer au mélange.

Le mélange: quand vous êtes prêt, ajouter la soude dans l’huile (jamais l’inverse) et mixez précautionneusement pour ne pas faire d’éclaboussure. Mixez jusqu’à arriver à une trace franche. C’est à dire que le mixeur laisse une empreinte dans le mélange lorsque vous le retirez. Je dirais que ça donne une consistance mi mayonnaise – mi crème anglaise!

C’est le moment du surgraissage et des ajouts puis mixez encore un peu, juste pour homogénéiser. Pas trop pour que la pâte ne prenne pas trop et qu’elle soit encore facile à couler dans le moule.

Coulez la pâte dans le moule. Vous pouvez taper le moule sur le plan de travail pour que le niveau soit bien plat et retirer les bulles d’air.

Et voilà c’est fini!
Non pas tout à fait, il reste encore le nettoyage, le stockage, la découpe, la cure ! Mais le plus compliqué est fait.

Le stockage: une fois la pâte coulée dans le moule, couvrez le pour bien garder la chaleur et favoriser la poursuite de la réaction et stockez le pour 48h en sécurité. Couvrez la pâte avec un film alimentaire pour éviter la formation de cendres , cette poudre blanche pas grave mais pas jolie qui pourrait se former sur le dessus des savons au contact de l’air. J’enroule ensuite une vielle serviette autour du moule et je le stocke dans une glacière. Comme ça c’est bien emballé et pas de risque qu’un de mes enfants ne tombe dessus.

Nettoyez le plan de travail et les ustensiles en gardant vos gants. Ca c’est la partie assez ingrate parce qu’il fait être très minutieux pour tout bien retirer et que c’est très gras. Terminez par un dernier lavage au vinaigre blanc pour être certain de neutraliser tous les éventuels restes de soude.

La découpe et la cure

Au bout de 48h environ, vient l’heure du démoulage et de la découpe des savons. Remettez des gants pour cette étape et protégez le plan de travail car les savons sont encore caustiques.

Stockez vos savons bien espacés, dans un endroit aéré pour au moins 4 semaines. C’est la Cure. Cela permet à la saponification de se terminer complètement et aux savons de durcir. Plus la cure est longue, plus le savon durera longtemps à l’utilisation. Le tout est d’avoir la patience d’attendre plus de 4 semaines !
Selon les huiles utilisées et leur quantité dans la recette, la cure pourra nécessiter plus de 4 semaines.

Et voilà, vous savez tout de la théorie pour commencer, on se retrouve bientôt avec une première recette!

Vous connaissiez déjà la méthode?

Avez vous d’autres interrogations?

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